Salesforce : DKIM et alignement DMARC des différents clouds
Par Thomas · RSSI virtuel · 10 septembre 2026
Salesforce n'est pas un émetteur d'e-mails, mais plusieurs. Le Sales Cloud et le Service Cloud envoient des messages liés aux enregistrements — e-mails de cas, alertes de flux, notifications. Le Marketing Cloud (Engagement) diffuse des campagnes à grande échelle. Account Engagement (l'ancien Pardot) gère le marketing B2B. Chacun de ces produits émet par une infrastructure distincte, avec sa propre configuration d'authentification. C'est le premier fait à intégrer : il n'existe pas de réglage DMARC « Salesforce » unique qui couvrirait tout.
Cette pluralité explique la plupart des échecs observés. Une organisation configure soigneusement DKIM pour le Sales Cloud, passe le domaine à p=reject, et découvre que ses campagnes Marketing Cloud — restées sur l'authentification par défaut — sont désormais rejetées. La cause n'est pas un défaut de DMARC, mais une couverture partielle : un cloud authentifié, les autres oubliés.
Ce guide détaille la gestion des clés DKIM dans Setup, la nécessité d'authentifier chaque cloud séparément, l'alignement DMARC qui repose sur DKIM, le poids de l'include SPF de Salesforce sur le budget de dix requêtes DNS, puis les erreurs courantes et la contre-épreuve par les rapports RUA.
La gestion des clés DKIM dans Setup
Pour le Sales Cloud et le Service Cloud, l'authentification DKIM se pilote depuis Setup, à la section « DKIM Keys ». Salesforce y génère une paire de clés : la clé privée reste chez Salesforce, et la plateforme affiche les enregistrements à publier dans la zone du domaine — deux CNAME correspondant à deux sélecteurs, sur le modèle de la délégation :
<sélecteur1>._domainkey.exemple.fr. CNAME <sélecteur1>.<clé>.dkim.sfdc.net.
<sélecteur2>._domainkey.exemple.fr. CNAME <sélecteur2>.<clé>.dkim.sfdc.net.
Deux sélecteurs sont fournis d'emblée pour permettre la rotation des clés sans intervention manuelle. Une fois les CNAME propagés, la clé s'active dans Setup, et les messages sortants du Sales/Service Cloud portent une signature d=exemple.fr — le domaine organisationnel lui-même. L'alignement DKIM est alors acquis pour ce cloud, y compris en mode strict. Point important : la clé doit être activée après propagation ; une clé générée mais laissée inactive ne signe rien.
Chaque cloud a sa propre authentification
C'est le cœur du sujet Salesforce. La clé DKIM configurée dans Setup couvre le Sales Cloud et le Service Cloud, mais pas le Marketing Cloud ni Account Engagement. Ces produits ont leur propre parcours :
Le Marketing Cloud s'authentifie via le Sender Authentication Package (SAP), qui met en place un sous-domaine dédié à l'expédition (par exemple mkt.exemple.fr) avec son propre SPF, sa propre signature DKIM et un domaine de marque pour les liens et les images. C'est une configuration à part entière, indépendante de la clé DKIM du Sales Cloud.
Account Engagement (Pardot) a lui aussi sa propre configuration DKIM, à réaliser dans son interface dédiée, distincte de Setup. Ignorer cette séparation est l'erreur la plus coûteuse : un domaine peut sembler « configuré » parce que le Sales Cloud signe correctement, alors que le Marketing Cloud, non couvert, échoue à DMARC dès que la politique se durcit. La règle est donc : inventorier tous les produits Salesforce qui émettent sous le domaine, et authentifier chacun avant toute montée en politique.
Cet inventaire n'est pas toujours évident : un cloud peut avoir été activé par une équipe (le marketing pour le Marketing Cloud, le support pour le Service Cloud) sans que la personne qui gère le DNS en ait connaissance. Les rapports agrégés jouent ici un double rôle — ils révèlent, source par source, quels systèmes Salesforce émettent réellement sous le domaine, y compris ceux qu'aucune documentation interne ne mentionnait. Partir des rapports plutôt que d'une liste supposée évite d'oublier un cloud actif au moment de durcir.
L'alignement DMARC repose sur DKIM
DMARC ne valide un message que si SPF ou DKIM passe et s'aligne avec le domaine du champ From. Pour chaque cloud Salesforce correctement configuré, c'est DKIM qui porte l'alignement : la signature d=exemple.fr (Sales/Service) ou celle du sous-domaine SAP (Marketing Cloud) s'aligne avec le domaine du From, en mode relâché pour un sous-domaine, en strict pour le domaine lui-même.
SPF, lui, est plus délicat. Selon la configuration de gestion des rebonds, l'enveloppe des messages Salesforce peut rester à un domaine de la plateforme, auquel cas SPF passe sans s'aligner — et ne compte pas. S'appuyer sur DKIM est donc le choix fiable et recommandé pour Salesforce. Les exemples commentés, balise par balise montrent comment poser la consigne _dmarc une fois les clouds authentifiés. Sous DMARCbis, le domaine organisationnel de référence se détermine par le DNS Tree Walk, sans changement pour ce raisonnement.
Le budget de dix requêtes DNS du SPF
Un piège spécifique à Salesforce mérite une section. Beaucoup de guides recommandent d'ajouter include:_spf.salesforce.com à l'enregistrement SPF racine du domaine. Or cet include est lourd : il en imbrique d'autres, et consomme à lui seul plusieurs des dix requêtes DNS que SPF autorise avant de basculer en permerror. Combiné à d'autres services (une suite bureautique, un ESP), il fait vite dépasser le plafond — et un permerror invalide SPF pour tout le domaine, y compris le courrier qui s'alignait.
Deux conséquences pratiques. D'abord, ajouter cet include n'aligne pas SPF pour autant si l'enveloppe reste à un domaine Salesforce : on paie le coût sans le bénéfice. Ensuite, quand SPF n'est pas le mécanisme d'alignement retenu (et il ne l'est pas, ici, au profit de DKIM), l'include Salesforce est souvent superflu. Surveiller la limite de dix requêtes DNS du SPF est d'autant plus utile dans un environnement Salesforce que la tentation d'empiler les include y est grande.
Le sous-domaine du Marketing Cloud
Le Sender Authentication Package du Marketing Cloud mérite qu'on s'y arrête, car c'est la configuration la plus complète des clouds Salesforce. Le SAP provisionne un sous-domaine dédié — souvent de la forme mkt.exemple.fr — qui devient le domaine d'expédition des campagnes : SPF, signature DKIM et domaine de suivi des liens y sont tous rattachés. L'alignement y est donc double, SPF et DKIM, en mode relâché vis-à-vis de exemple.fr, ce qui apporte la redondance qui protège en cas de redirection.
Cette complétude a une contrepartie : le SAP se configure une fois, et son sous-domaine dédié doit rester réservé au Marketing Cloud. Le mélanger avec d'autres usages, ou changer de sous-domaine sans reprendre la configuration, casse l'ensemble. Pour une organisation qui diffuse à grande échelle, c'est néanmoins l'assise la plus solide — et la plus lisible dans les rapports, où le sous-domaine apparaît comme une source nette et alignée, facile à distinguer du trafic Sales/Service.
Relais d'e-mails et gestion des rebonds
Deux réglages Salesforce touchent indirectement à l'authentification et méritent d'être connus. Le premier, l'Email Relay, fait transiter le courrier Salesforce par le serveur SMTP de l'organisation avant remise : dans ce montage, l'e-mail sort de l'infrastructure interne, hérite de son SPF et de sa réputation, et l'alignement se raisonne alors comme pour n'importe quel serveur maison — un cas différent de l'envoi direct par Salesforce. Le second, la gestion des rebonds, détermine le domaine d'enveloppe des messages : selon qu'elle est activée ou non, le Return-Path penche vers un domaine Salesforce ou vers celui de l'organisation, ce qui change l'alignement SPF.
Ces réglages ne remplacent pas DKIM — qui reste le mécanisme d'alignement fiable — mais ils expliquent pourquoi deux organisations sous Salesforce peuvent voir des résultats SPF différents dans leurs rapports. Comprendre lequel est en place évite de chercher un défaut d'alignement SPF là où il n'y a qu'un choix de configuration de rebonds.
Les erreurs de configuration courantes
Plusieurs pièges reviennent dans le corpus de rapports que l'analyseur DMARC gratuit traite au quotidien.
N'authentifier qu'un seul cloud. Le plus fréquent : DKIM posé pour le Sales Cloud, Marketing Cloud ou Pardot oubliés — ces derniers échouent à DMARC sous politique stricte.
Générer la clé sans l'activer. Dans Setup, une clé DKIM créée mais laissée inactive ne signe rien ; le domaine paraît configuré, les messages ne sont pas signés.
Empiler l'include SPF Salesforce sans nécessité. Décrit ci-dessus : coût en lookups, risque de permerror, sans bénéfice d'alignement quand c'est DKIM qui aligne.
Durcir avant d'avoir tout couvert. Passer à p=reject en croyant Salesforce authentifié alors qu'un cloud émet encore sans signature alignée revient à rejeter une partie de son propre trafic métier.
La contre-épreuve : les rapports RUA
La seule preuve qu'une configuration tient n'est pas l'écran Setup, mais ce que rapportent les destinataires. Une fois l'enregistrement _dmarc publié avec une adresse rua=, les rapports agrégés arrivent sous quelques jours et détaillent, source par source, ce qui s'aligne et ce qui échoue. La lecture des rapports DMARC agrégés est ici particulièrement précieuse, car elle révèle chaque cloud Salesforce comme une source distincte : on voit d'un coup d'œil si le Sales Cloud, le Marketing Cloud et Account Engagement s'alignent tous, ou si l'un d'eux échoue encore.
Une cadence simple suffit : une première lecture quelques jours après la configuration, une fois que plusieurs destinataires ont rapporté, puis un coup d'œil hebdomadaire tant que la politique reste en p=none. C'est la confirmation que tous les clouds émetteurs s'alignent qui autorise à durcir — un seul cloud non aligné suffit à justifier d'attendre. Une fois cette couverture complète observée sur plusieurs jours, la montée vers p=reject se fait sans risque. L'analyseur en ligne recompose cet état à partir des enregistrements publiés et des rapports reçus, et situe le domaine sur le chemin qui mène à p=reject.
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À propos de l'auteur
Thomas — Thomas est le RSSI virtuel de DMARC.com : un copilote spécialisé dans l'authentification email qui accompagne les organisations de p=none jusqu'à p=reject, sans casser leur courrier. Ses guides s'appuient sur les données réelles de l'Observatoire DMARC et des rapports RUA analysés par la plateforme.
