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Rapports DMARC : RUA vs RUF, quelle différence ?

Par Thomas · RSSI virtuel · 2026-07-14

La publication d'un enregistrement DMARC ouvre la possibilité de recevoir des rapports sur l'authentification du courrier émis au nom du domaine. Mais il y a deux types de rapports très différents : les RUA (rapports agrégés) et les RUF (rapports forensiques). La confusion entre les deux est courante, et un mauvais choix apporte soit trop peu d'information pour diagnostiquer, soit trop — avec des risques vie privée. Ce guide explique la différence, ce que contient chacun, et comment les configurer.

Les RUA : rapports agrégés, les statistiques de vol

Les rapports RUA (Reporting URI for Aggregate) sont envoyés par les FAI et les grands fournisseurs de messagerie (Gmail, Yahoo, Outlook…) à l'adresse email indiquée dans la politique. Ils récapitulent, pour chaque expéditeur, les résultats d'authentification observés sur une période (souvent 24h) : combien de messages ont passé SPF, DKIM, DMARC, depuis quelle IP, avec quel résultat.

Ce sont des fichiers XML compressés, envoyés quotidiennement par chaque destinataire qui choisit d'en envoyer. Un rapport RUA typique dit quelque chose comme : « 347 messages depuis l'IP 40.107.1.25, avec spf=pass, dkim=pass, dmarc=pass — et 12 messages depuis 192.0.2.1 avec spf=fail, dkim=fail, dmarc=fail. »

Ils ne contiennent aucun contenu de message : pas d'objet, pas de corps, pas de destinataire. C'est uniquement des métadonnées statistiques. C'est pour ça que les RUA sont à la fois utiles (vision globale) et conformes RGPD (pas de données personnelles des destinataires).

Les RUF : rapports forensiques, le détail d'un échec

Les rapports RUF (Reporting URI for Forensic) sont d'une toute autre nature. Envoyés eux aussi à une adresse au choix du domaine, ils sont déclenchés par un événement individuel : un message qui a échoué à l'authentification. Chaque rapport RUF décrit cet échec en détail, et selon l'implémentation du destinataire, peut inclure des en-têtes complets du message, voire parfois un extrait du corps.

C'est beaucoup plus granulaire — et beaucoup plus sensible. Un rapport RUF peut contenir l'adresse email de l'expéditeur, le sujet, l'IP d'origine, et d'autres métadonnées de l'email qui a échoué. C'est utile pour diagnostiquer un problème précis (pourquoi ce message spécifique a-t-il échoué ?), mais ça soulève des questions sérieuses de vie privée et de conformité RGPD — en particulier si l'email qui a échoué provenait d'un vrai utilisateur (voir rapports forensiques et vie privée).

Autre réalité : la plupart des grands fournisseurs (Google, Microsoft, Yahoo) n'envoient plus de RUF. La prise en charge des rapports forensiques est bien moins universelle que celle des RUA. Dans la pratique, les RUA arrivent de presque tout le monde, et les RUF seulement de quelques acteurs.

Configurer RUA et RUF dans l'enregistrement DMARC

Les deux adresses se configurent dans l'enregistrement _dmarc :

_dmarc.exemple.fr.  IN TXT
  "v=DMARC1; p=quarantine; rua=mailto:dmarc@exemple.fr;
   ruf=mailto:ruf@exemple.fr; fo=1"
  • rua= : l'adresse de réception des rapports agrégés. Plusieurs sont possibles, séparées par des virgules.
  • ruf= : l'adresse pour les rapports forensiques. Souvent différente, parfois absente.
  • fo= : contrôle quand un RUF est généré. fo=0 (défaut) = seulement si toutes les vérifications échouent. fo=1 = dès qu'une vérification échoue. fo=d = uniquement si DKIM échoue. fo=s = uniquement si SPF échoue. En pratique, fo=1 donne le plus de détail, mais aussi le plus de volume.

Pour se passer de RUF (par choix de conformité, ou parce qu'ils ne sont de toute façon pas exploités), il suffit d'omettre ruf= et fo=. Le rapport agrégé (RUA) est la vraie valeur — le RUF est un complément pour des diagnostics spécifiques.

Ce qu'il convient de faire en pratique

Pour la grande majorité des déploiements, les RUA suffisent largement. Ils donnent une vision complète de qui envoie au nom du domaine, avec quels résultats, depuis quelles IP — exactement ce qu'il faut pour progresser vers p=reject. Les analyser régulièrement (ou les faire analyser par un outil ou par Thomas) révèle quelles sources corriger, dans quel ordre, et à quel moment la politique peut être durcie.

Les RUF sont utiles pour diagnostiquer un problème très spécifique : un type de message particulier qui échoue, une source inconnue qui émet au nom du domaine. Mais ils ne s'ouvrent qu'en connaissance de leur contenu potentiellement sensible, et surtout ne se transmettent pas à des tiers sans vérification de ce qu'ils contiennent.

Le bon réflexe au démarrage : configurer un rua= vers une boîte dédiée (ou une plateforme DMARC), laisser les rapports arriver quelques jours, et les lire. Le diagnostic de qui émet au nom du domaine y est presque entier.

Qui envoie des rapports RUA

Les grands acteurs envoient des RUA de manière fiable : Gmail, Outlook/Microsoft, Yahoo, Apple Mail, AOL, ProtonMail, et beaucoup d'autres. Ce n'est pas exhaustif — seuls les acteurs qui ont implémenté le protocole envoient des rapports — mais en pratique, les rapports reçus couvrent la grande majorité du trafic email mondial. Un domaine qui envoie en volume dispose rapidement de suffisamment de données pour diagnostiquer.

Note : les RUA ne couvrent que le trafic vers les boîtes des fournisseurs qui les envoient. Le courrier adressé à des serveurs auto-hébergés ou à de petits fournisseurs, lui, n'apparaît nulle part dans les rapports reçus.

Questions fréquentes

Dois-je configurer ruf= ? Non. Les RUA suffisent pour la quasi-totalité des cas. ruf= ne se configure qu'en cas de besoin de diagnostic forensique précis, et une fois les implications vie privée évaluées.

Combien de temps avant les premiers rapports ? Quelques heures à 24h après publication de l'enregistrement DMARC. Les premiers arrivent souvent le lendemain matin. Ils couvrent la période précédente.

Les rapports arrivent-ils de tous les destinataires ? Non. Seulement des acteurs qui ont implémenté le protocole. Gmail et Microsoft envoient des rapports très fiables ; beaucoup de petits serveurs n'en envoient pas.

Est-ce que les RUA exposent des données personnelles ? Non : les rapports agrégés contiennent des statistiques et des IP, mais pas le contenu des messages ni les adresses des destinataires. Les RUF, eux, peuvent en contenir — c'est pour ça qu'ils sont à manier avec précaution.

Puis-je recevoir les rapports sur une adresse externe ? Oui, mais il faut que le domaine de l'adresse de réception soit autorisé via un enregistrement TXT à _dmarc.domaine-externe.fr (pour éviter que n'importe qui puisse envoyer ses rapports à n'importe quelle boîte). Si l'adresse est dans le domaine lui-même, c'est automatique.

Comment les rapports mènent à p=reject

La valeur principale des rapports DMARC n'est pas de confirmer que le courrier passe — c'est de montrer comment le faire passer. Un rapport RUA est en réalité une carte des flux d'envoi : chaque bloc <record> est une source, et le résultat d'authentification de cette source dit exactement ce qu'il faut corriger. Le processus est itératif par nature.

Au départ, avec p=none, les rapports arrivent sans que rien ne soit bloqué. C'est la phase d'observation : elle révèle quelles IPs envoient au nom du domaine, lesquelles passent, lesquelles échouent, et lesquelles n'étaient même pas identifiées. Les sources légitimes se corrigent une par une — en activant DKIM, en alignant SPF, en excluant les sources inconnues — et les rapports confirment que chaque correction a bien pris.

Une fois que les rapports montrent que la grande majorité des sources légitimes passent (typiquement >95%), vient p=quarantine. La même logique s'applique : surveiller les rapports, vérifier qu'aucune source légitime n'est impactée, affiner. Puis monter à p=reject. À chaque étape, les rapports RUA sont l'instrument de mesure : ils disent où en est le déploiement, pas juste si ça passe ou ça casse.

La subtilité : un rapport qui montre dmarc=fail sur une IP n'est pas forcément un problème. S'il s'agit d'une IP non reconnue, peut-être est-ce de la contrefaçon (quelqu'un essaie d'usurper le domaine) — et le p=reject l'en empêchera. S'il s'agit d'une IP identifiée comme une source légitime mal configurée, c'est quelque chose à corriger. Distinguer les deux est l'essentiel du travail d'interprétation que les rapports rendent possible.

Identifier les sources dans les rapports

Un rapport brut donne une IP. Un rapport bien exploité dit à qui appartient cette IP. C'est cette conversion — IP → service d'envoi identifié — qui transforme un rapport en plan d'action. Les outils DMARC font ce travail automatiquement (voir les outils pour analyser les rapports), mais l'opération reste faisable à la main pour quelques IPs clés via des outils de résolution inverse.

Les IPs récurrentes avec dkim=pass, spf=pass, dmarc=pass sont les sources bien configurées — à ne pas toucher. Les IPs récurrentes qui échouent sur une source pourtant identifiée sont les priorités de correction. Les IPs inconnues avec dmarc=fail sont soit de la contrefaçon (aucune action à mener, p=reject fait son travail), soit une source légitime oubliée (à corriger ou à confirmer comme éteinte).

Thomas lit les rapports

Recevoir des rapports RUA, c'est une chose ; les exploiter en est une autre. Thomas, le RSSI virtuel, lit les rapports à la place de l'équipe, indique quelles sources passent, lesquelles échouent, pourquoi, et dans quel ordre les corriger. Il transforme un XML brut en plan d'action clair vers p=reject.

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Appliquer DMARC, concrètement

Thomas, le RSSI virtuel de DMARC.com, identifie chaque source d'envoi légitime, écrit les enregistrements DNS exacts et amène un domaine de p=none à p=reject — sans casser le courrier.

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À propos de l'auteur

ThomasThomas est le RSSI virtuel de DMARC.com : un copilote spécialisé dans l'authentification email qui accompagne les organisations de p=none jusqu'à p=reject, sans casser leur courrier. Ses guides s'appuient sur les données réelles de l'Observatoire DMARC et des rapports RUA analysés par la plateforme.