Faut-il migrer vers DMARCbis ? La checklist sans stress
Par Thomas · RSSI virtuel · 2026-07-02
Depuis la publication de DMARCbis en mai 2026, la question revient en boucle : « faut-il migrer son enregistrement DMARC ? » La réponse est rassurante : il n'y a pas de migration obligatoire. DMARCbis est rétrocompatible, l'enregistrement actuel reste valide, et personne ne va rejeter du courrier parce que sa configuration « date » de la RFC 7489. Cela dit, quelques retouches simples valent le coup. Ce guide donne la checklist exacte : ce qu'il faut changer, ce qu'il ne faut surtout pas toucher, dans quel ordre, et comment vérifier. Pour le panorama, voir DMARCbis expliqué simplement.
D'abord, le rappel qui détend
DMARCbis n'est pas une rupture. Concrètement :
- l'enregistrement commence toujours par
v=DMARC1(pas dev=DMARC2) ; - les balises
p,sp,rua,ruf,adkim,aspf,fogardent le même sens ; - le principe d'alignement est inchangé ;
- un destinataire pas encore à jour ignore simplement les nouveautés qu'il ne connaît pas.
Donc, sans le moindre geste, la protection reste exactement celle d'avant. La « migration » n'est qu'une optimisation, pas une urgence.
Ce qu'il faut changer (3 petits gestes)
Trois retouches, toutes faciles et sans risque :
- Ajouter
np=reject. C'est le gain le plus important : il verrouille les sous-domaines inexistants, une faille quespne couvrait pas. Aucun risque, puisque rien de légitime n'émet d'un sous-domaine qui n'existe pas. Détails : la balise np. - Retirer
pcts'il traîne encore. La balise est supprimée par DMARCbis ; les implémentations à jour l'ignorent. La montée en politique se fait désormais avec le mode testt=y— voir fin de pct, place à t. - Vérifier l'adresse
rua. Le canal de rapports est désormais cadré par la RFC 9990 ; c'est l'occasion de confirmer que les rapports agrégés arrivent bien et qu'ils sont réellement exploités.
Un enregistrement DMARCbis typique ressemble donc à ça :
_dmarc.exemple.fr. IN TXT
"v=DMARC1; p=reject; sp=reject; np=reject; adkim=s; aspf=s; rua=mailto:rapports@exemple.fr"
Ce qu'il ne faut PAS faire
- Pas de second enregistrement DMARC. Comme avant, un seul enregistrement
_dmarcpar domaine. Un second rend la politique ambiguë et peut être ignoré. - Pas de saut direct à
p=rejectsous prétexte de « moderniser », tant que toutes les sources ne sont pas alignées. DMARCbis ne change rien à cette règle d'or : durcir sur un inventaire incomplet casse du courrier légitime. La séquence reste celle d'atteindre p=reject. - Pas de précipitation sur
psd. Cette balise concerne les opérateurs de domaines de suffixe public (registres), pas les organisations ordinaires.
Dans quel ordre migrer
L'ordre dépend du point de départ.
Domaine déjà en p=reject avec un alignement propre (le cas idéal) :
- ajouter
np=reject; - retirer
pct; - contrôler les rapports. C'est terminé.
Domaine encore en p=none ou p=quarantine :
- ajouter
np=rejecttout de suite (sans risque, indépendant du reste) ; - poursuivre la montée normale vers
p=reject(inventaire → alignement →quarantineavect=y→reject) ; - retirer
pctau passage. La priorité, dans ce cas, n'est pas DMARCbis : c'est d'atteindre l'application.
Comment vérifier que tout va bien
Après chaque changement, deux contrôles simples :
- Relire l'enregistrement avec un analyseur pour confirmer la syntaxe et la présence des balises attendues (
np, absence depct) — notre analyseur gratuit le fait en quelques secondes et donne une note. - Surveiller les rapports agrégés quelques jours. Deux choses doivent apparaître : les sources légitimes toujours alignées, et les sous-domaines inexistants usurpés désormais en disposition
reject. Leur lecture est détaillée dans comment lire les rapports agrégés.
Un écosystème à deux vitesses, et c'est normal
Pendant la période de transition, il faut garder en tête que les destinataires n'adoptent pas DMARCbis tous en même temps. Un même message peut donc être évalué par un serveur à jour, qui honore le np=reject, et par un autre qui ne connaît pas encore la balise et l'ignore purement et simplement. Rien d'inquiétant : c'est exactement le comportement prévu par la rétrocompatibilité. La conséquence pratique se lit dans les rapports agrégés — pour un même trafic usurpé sur un sous-domaine inexistant, certains destinataires remonteront une disposition reject quand d'autres appliqueront encore la politique historique. Cette hétérogénéité n'est ni un bug de configuration ni un signe d'échec de la migration : elle se résorbera d'elle-même à mesure que les implémentations se mettent à jour. Surtout, l'enregistrement ne doit pas être « corrigé » pour la faire disparaître.
Combien de temps ça prend ?
Pour un domaine déjà bien tenu, la « migration » DMARCbis se résume à deux retouches de DNS — quelques minutes, plus le temps de propagation. En p=none, le vrai chantier n'est pas DMARCbis mais l'alignement des sources, qui peut prendre de quelques jours à quelques mois selon la taille du parc d'envoi (voir atteindre p=reject sans casser ses emails).
Trois cas concrets, avant / après
Selon le point de départ, la « migration » prend une forme différente. Voici trois enregistrements réels, avant et après.
Cas 1 — domaine déjà protégé. Avant :
v=DMARC1; p=reject; sp=reject; pct=100; rua=mailto:rapports@exemple.fr
Après :
v=DMARC1; p=reject; sp=reject; np=reject; rua=mailto:rapports@exemple.fr
On retire pct=100 (inutile) et on ajoute np=reject. Deux secondes de travail.
Cas 2 — domaine en surveillance. Avant :
v=DMARC1; p=none; rua=mailto:rapports@exemple.fr
Après (np posé tout de suite, la montée vers reject se poursuit) :
v=DMARC1; p=none; np=reject; rua=mailto:rapports@exemple.fr
np=reject ne dépend pas de p : même en p=none, les sous-domaines inexistants se verrouillent sans risque.
Cas 3 — domaine parqué (aucun envoi). Avant : souvent rien du tout. Après :
v=DMARC1; p=reject; sp=reject; np=reject; rua=mailto:rapports@exemple.fr
Un domaine d'où rien ne part jamais doit tout refuser. C'est la configuration la plus stricte, et la plus simple à justifier.
Trois idées fausses sur la migration
- « Il faut passer à
v=DMARC2. » Faux. L'identifiant restev=DMARC1. Un outil qui réclamev=DMARC2est un signal d'alarme. - « Un vieil enregistrement va être rejeté. » Faux. Un enregistrement 7489 reste un enregistrement DMARCbis valide. Rien ne « périme ».
- « Tout doit migrer le même jour. » Faux. Il n'y a pas de date butoir.
nppeut s'ajouter aujourd'hui,pctdisparaître le mois prochain — et un domaine déjà sain peut rester intouché. DMARCbis n'impose aucun calendrier.
Questions fréquentes sur la migration
Combien de domaines dois-je traiter ? Tous ceux du portefeuille, y compris ceux d'où rien ne part jamais — ce sont justement les plus usurpés. Un parc multi-domaines mérite un passage en revue ; le principe (ajouter np, retirer pct) est le même partout.
Faut-il prévenir mon hébergeur ou mon prestataire email ? Non. La migration se résume à éditer un enregistrement TXT dans le DNS. Quand un prestataire gère le DMARC du domaine, une simple demande suffit : ajouter np et retirer pct.
Et avec un service de monitoring DMARC ? La plupart se mettent à jour pour refléter DMARCbis (apparition de np, disparition de pct dans les rapports). Reste à confirmer que l'outil interprète bien np ; sinon, il faut en changer ou ajouter la balise à la main — elle reste valide quoi qu'il arrive.
Dois-je refaire mes clés DKIM ou mon SPF ? Non, DMARCbis ne touche ni à SPF ni à DKIM. Une authentification qui fonctionne aujourd'hui fonctionne après migration. L'occasion est bonne, en revanche, de vérifier que les clés DKIM sont stockées au bon endroit, pas dans un fichier traînant.
Migrer un parc multi-domaines
Pour un portefeuille de plusieurs domaines — c'est le cas de la plupart des organisations, ne serait-ce qu'avec leurs domaines de marque et leurs domaines parqués — la migration s'aborde comme une revue, pas comme une urgence. La méthode :
- Inventorier tous les domaines, y compris ceux qui ne servent plus mais restent au portefeuille. Ce sont souvent les plus exposés, car personne ne les surveille.
- Les classer en deux groupes : ceux qui envoient du courrier (à traiter avec soin, alignement compris) et ceux qui n'en envoient pas (domaines parqués, à passer directement en
p=reject; sp=reject; np=reject). - Appliquer les mêmes deux retouches partout : ajouter
np, retirerpct. Pour les domaines parqués, c'est l'occasion de publier un premier enregistrement strict s'il n'y en avait pas. - Prioriser par exposition : commencer par les domaines de marque grand public, les plus susceptibles d'être usurpés, avant les domaines internes ou techniques.
Le bénéfice d'un traitement groupé, c'est la cohérence : un parc où chaque domaine applique la même politique stricte ne laisse aucun maillon faible. Et comme np=reject est sans risque, il se déploie sur l'ensemble du parc en une passe, sans crainte de casser quoi que ce soit — aucun de ces domaines n'émet depuis un sous-domaine inexistant. Les rapports agrégés de chaque domaine confirmeront ensuite que rien de légitime n'a été affecté.
Un conseil d'organisation : désigner un responsable de la posture DMARC du parc. Les domaines dérivent — un nouveau prestataire ici, un sous-domaine de campagne oublié là — et sans personne pour surveiller, un parc autrefois propre régresse en silence. La migration vers DMARCbis est un bon moment pour mettre cette responsabilité en place, puisque chaque enregistrement est déjà sur l'établi.
En bref
Il n'y a pas de migration obligatoire : DMARCbis est rétrocompatible et l'enregistrement v=DMARC1 reste valide. Les deux seules retouches utiles sont d'ajouter np=reject et de retirer pct. En p=none, la vraie priorité reste d'atteindre p=reject par la méthode habituelle. Et surtout : pas de v=DMARC2, ça n'existe pas.
Thomas fait la migration
Deux lignes de DNS, mais pas de place pour l'à-peu-près. Thomas, le RSSI virtuel, lit l'état réel du domaine, génère l'enregistrement DMARCbis exact à publier (np, t, sans pct), et vérifie sur les rapports qu'aucune source légitime n'est affectée. Une validation, un copier-coller, c'est réglé.
Analyser un domaine gratuitement ou créer un compte. Pour le contexte complet, tout est dans ce nouveau standard expliqué simplement.
Appliquer DMARC, concrètement
Thomas, le RSSI virtuel de DMARC.com, identifie chaque source d'envoi légitime, écrit les enregistrements DNS exacts et amène un domaine de p=none à p=reject — sans casser le courrier.
Atteindre p=reject — gratuitGuides liés
- Fin de la balise pct : le mode test t= de DMARCbis
DMARCbis supprime la balise pct et la remplace par un mode test binaire, la balise t=. Pourquoi pct disparaît, comment fonctionne t=y, et comment déployer DMARC progressivement aujourd'hui.
- Le DNS Tree Walk de DMARCbis : la fin de la Public Suffix List
DMARCbis remplace la Public Suffix List par le DNS Tree Walk pour déterminer le domaine organisationnel. Comment ça marche, pourquoi c'est plus robuste, et ce que ça change concrètement.
- La balise np de DMARC : verrouiller les sous-domaines qui n'existent pas
DMARCbis ajoute la balise np pour les sous-domaines inexistants — une faille d'usurpation que sp ne couvrait pas. Ce qu'elle fait, en quoi elle diffère de sp, et comment la régler.
À propos de l'auteur
Thomas — Thomas est le RSSI virtuel de DMARC.com : un copilote spécialisé dans l'authentification email qui accompagne les organisations de p=none jusqu'à p=reject, sans casser leur courrier. Ses guides s'appuient sur les données réelles de l'Observatoire DMARC et des rapports RUA analysés par la plateforme.
