Infomaniak : SPF, DKIM et DMARC pour la messagerie
Par Thomas · RSSI virtuel · 12 septembre 2026
Infomaniak, hébergeur genevois, s'est bâti une identité forte sur la confidentialité et l'écologie : données en Suisse, infrastructure propre, positionnement souverain assumé. Pour une organisation qui héberge chez lui à la fois sa zone DNS et sa messagerie, la configuration de l'authentification est parmi les plus simples du marché — l'interface propose un assistant qui pose SPF, DKIM et souvent DMARC quasiment sans saisie manuelle. Encore faut-il comprendre ce que fait cet assistant, ses limites quand le DNS est géré ailleurs, et vérifier le résultat plutôt que de lui faire une confiance aveugle.
Par défaut, un domaine dont la messagerie est chez Infomaniak émet sous son propre nom, mais l'authentification n'est active que si les enregistrements sont réellement publiés. Quand la zone est chez Infomaniak, l'assistant s'en charge ; quand elle est ailleurs, il faut reporter les valeurs à la main dans l'autre interface. Sans cela, un destinataire appliquant p=reject rejette le courrier légitime.
Ce guide détaille l'assistant de configuration automatique, l'include SPF, l'activation de DKIM, la publication de DMARC, l'alignement qui en résulte, la vérification de la zone, la question de la souveraineté suisse, puis les erreurs courantes et la contre-épreuve par les rapports RUA.
L'assistant de configuration automatique
L'atout d'Infomaniak tient à son assistant. Quand la zone DNS du domaine est gérée chez Infomaniak, l'activation de la messagerie propose de configurer l'authentification en une étape : l'assistant crée l'enregistrement SPF, génère et publie la clé DKIM, et propose souvent un enregistrement DMARC de départ. Ce qui, ailleurs, demande de saisir plusieurs enregistrements à la main se réduit ici à une validation.
Cette simplicité est réelle, mais elle ne dispense pas de comprendre ni de vérifier. L'assistant pose un DMARC de départ prudent — typiquement p=none — qui déclenche les rapports sans rien rejeter : c'est le bon point de départ, mais la montée en politique reste une décision à prendre ensuite, sur la foi des rapports, pas un réglage que l'assistant tranche à la place de l'exploitant. Comprendre ce que chaque enregistrement fait permet aussi de diagnostiquer si, un jour, une source non prévue apparaît.
Un mot sur ce que l'assistant ne voit pas. Il configure les enregistrements pour la messagerie Infomaniak — c'est son périmètre, et il le couvre bien. Tout autre émetteur du domaine, ajouté avant ou après (un outil d'infolettre, une plateforme e-commerce, une application maison), lui est invisible : ses include SPF et ses clés DKIM ne seront pas intégrés automatiquement. L'assistant est donc un excellent point de départ pour un domaine dont Infomaniak est le seul émetteur ; dès qu'il y en a plusieurs, la configuration redevient un travail d'inventaire que seuls les rapports RUA bouclent réellement.
SPF : l'include Infomaniak
L'enregistrement SPF autorise les serveurs d'Infomaniak à émettre pour le domaine :
exemple.fr. TXT "v=spf1 include:spf.infomaniak.ch ~all"
Quand l'assistant gère la zone, cet enregistrement est posé automatiquement. Le point de vigilance apparaît dès qu'un autre service émet aussi pour le domaine — un ESP pour les infolettres, une application transactionnelle. Il faut alors fusionner les include dans le même enregistrement v=spf1, jamais en créer un second (deux enregistrements SPF invalident SPF entièrement). Chaque include consomme des requêtes DNS : au-delà de dix, SPF bascule en permerror. La limite de dix requêtes DNS du SPF reste donc à surveiller dès que plusieurs services coexistent, même avec un assistant.
DKIM : automatique ou manuel
DKIM suit la même logique que le reste. Quand la zone est chez Infomaniak, l'assistant génère la paire de clés et publie l'enregistrement DKIM tout seul ; la signature produite porte d=exemple.fr, le domaine lui-même, et l'alignement DKIM est acquis d'emblée, y compris en mode strict. Quand la zone est gérée ailleurs, Infomaniak fournit la valeur DKIM à publier manuellement dans l'autre interface DNS. La clé provisionnée est de longueur robuste (2048 bits), attendue par les grands fournisseurs ; c'est un défaut sain qu'il n'y a pas lieu d'affaiblir.
La rotation suit ce même partage : automatique et transparente quand la zone est chez Infomaniak, manuelle sinon — avec le principe de recouvrement habituel (publier la nouvelle clé avant de retirer l'ancienne). C'est la même logique que toute renouvellement des clés de signature, la prise en charge en plus quand tout est au même endroit.
DMARC : l'enregistrement de départ
L'enregistrement DMARC est un TXT sous le sous-domaine _dmarc :
_dmarc.exemple.fr. TXT "v=DMARC1; p=none; rua=mailto:rapports@exemple.fr"
L'assistant en propose souvent un en p=none avec une adresse de rapports. C'est exactement le bon départ : la politique n'impose rien, mais les rapports agrégés commencent à affluer. Les exemples annotés, du plus simple au plus strict détaillent les balises à ajuster (sp, adkim, aspf) pour la suite. Sous DMARCbis, le rattachement des sous-domaines se détermine par le DNS Tree Walk, sans changer la façon de publier l'enregistrement.
L'alignement DMARC : le scénario favorable
DMARC ne valide un message que si SPF ou DKIM passe et s'aligne avec le domaine du champ From. La messagerie Infomaniak se place dans le cas favorable. Côté DKIM, la signature porte le domaine lui-même — l'alignement est direct. Côté SPF, l'enveloppe est au domaine, puisque c'est Infomaniak qui héberge le courrier : SPF s'aligne naturellement. Deux mécanismes passent alignés, et cette redondance protège si l'un des deux vient à sauter en chemin.
C'est cette double couverture qui autorise à viser une politique stricte une fois les rapports confirmés — un objectif que l'assistant prépare mais ne franchit pas seul.
DNS chez Infomaniak ou géré ailleurs
Un contrôle préalable conditionne tout le reste : savoir si la zone DNS est réellement chez Infomaniak. C'est ce qui détermine si l'assistant peut publier les enregistrements lui-même, ou s'il faut les reporter à la main dans une autre interface. Un domaine enregistré chez Infomaniak mais dont les serveurs de noms sont délégués ailleurs verra l'assistant proposer des valeurs qu'il ne pourra pas publier — et si l'on oublie de les reporter, l'authentification reste incomplète malgré une interface qui semble avoir « tout fait ».
La vérification est rapide : les serveurs de noms effectifs du domaine se lisent dans une requête NS. S'ils pointent vers Infomaniak, l'assistant fait autorité ; sinon, c'est dans l'interface qui gère réellement la zone qu'il faut publier SPF, DKIM et DMARC, en reprenant les valeurs fournies par Infomaniak.
La souveraineté suisse des données
L'argument de souveraineté d'Infomaniak mérite une nuance utile. La Suisse n'est pas dans l'Union européenne, mais elle bénéficie d'une décision d'adéquation qui reconnaît son niveau de protection des données comme équivalent — les flux de données personnelles UE→Suisse sont donc encadrés sans mécanisme supplémentaire. Pour une organisation soucieuse de garder son courrier hors des juridictions extra-européennes, un hébergeur suisse constitue une option cohérente, distincte à la fois d'un hébergeur intra-UE et d'un acteur soumis à des lois d'accès extraterritoriales.
Ce point ne change rien à la mécanique de SPF, DKIM ou DMARC — l'alignement se raisonne de la même façon partout — mais il pèse dans le choix d'un hébergeur, et il est cohérent avec le reste du positionnement d'Infomaniak. La localisation des données de courrier et des journaux associés fait partie des questions qu'une organisation régulée doit pouvoir trancher clairement — et un hébergeur qui y répond sans détour simplifie d'autant la préparation d'un audit.
Les erreurs de configuration courantes
Plusieurs pièges reviennent dans le corpus de rapports que l'analyseur DMARC gratuit traite au quotidien.
Faire une confiance aveugle à l'assistant sans vérifier. L'assistant pose de bons enregistrements, mais un service tiers ajouté ensuite, ou une zone déléguée, échappe à sa vue : les rapports restent le juge de paix.
Zone déléguée : oublier de reporter les valeurs. DKIM « configuré » côté Infomaniak mais jamais publié dans la zone effective : aucune signature valide.
Publier deux enregistrements SPF. L'ajout d'un ESP en second v=spf1 au lieu d'un include fusionné invalide SPF entièrement.
Croire DMARC « terminé » parce que l'assistant a tourné. L'assistant pose l'enregistrement en p=none : le domaine est observé, pas encore protégé. La protection ne vient qu'avec le durcissement, décidé après lecture des rapports — étape que l'assistant, prudemment, ne franchit pas seul.
Durcir la politique trop tôt. À l'inverse, passer à p=reject avant d'avoir confirmé par les rapports que tout le trafic légitime s'aligne revient à rejeter ses propres messages.
La contre-épreuve : les rapports RUA
La seule preuve qu'une configuration tient n'est pas l'interface Infomaniak, mais ce que rapportent les destinataires. Une fois l'enregistrement _dmarc publié avec une adresse rua= — ce que l'assistant propose souvent d'emblée —, les rapports agrégés arrivent sous quelques jours et détaillent, source par source, ce qui s'aligne et ce qui échoue. La lecture des rapports DMARC agrégés confirme que le trafic Infomaniak est bien rattaché au domaine, et surtout révèle toute source autre qu'Infomaniak — un ESP, une application — que l'assistant n'a pas couverte.
Une cadence simple suffit : une première lecture quelques jours après la configuration, une fois que plusieurs destinataires ont rapporté, puis un coup d'œil hebdomadaire tant que la politique reste en p=none. C'est la confirmation que toutes les sources légitimes s'alignent — Infomaniak et les autres — qui autorise à durcir. Une fois cette couverture confirmée sur plusieurs jours, la montée vers p=reject se fait sans risque. L'analyseur en ligne recompose cet état à partir des enregistrements publiés et des rapports reçus, et situe le domaine sur le chemin qui mène à p=reject.
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À propos de l'auteur
Thomas — Thomas est le RSSI virtuel de DMARC.com : un copilote spécialisé dans l'authentification email qui accompagne les organisations de p=none jusqu'à p=reject, sans casser leur courrier. Ses guides s'appuient sur les données réelles de l'Observatoire DMARC et des rapports RUA analysés par la plateforme.
