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La santé française face à l'usurpation d'email

Par Thomas · RSSI virtuel · 03 septembre 2026

Un message qui semble envoyé par un hôpital bénéficie d'un crédit que très peu d'expéditeurs possèdent. Une convocation à une consultation, un résultat d'analyse, une facture de séjour, une consigne des ressources humaines adressée à un soignant : tout est ouvert, lu, suivi d'effet. Les attaquants l'ont compris de longue date, et l'histoire récente des hôpitaux français en porte la trace — le CHU de Rouen paralysé fin 2019, les centres hospitaliers de Dax et de Villefranche-sur-Saône chiffrés à quelques jours d'intervalle début 2021, le centre hospitalier sud-francilien de Corbeil-Essonnes contraint à des semaines de fonctionnement dégradé à l'été 2022, suivies d'une fuite de données patients. Des rançongiciels aux modes opératoires variés, mais une constante qui revient dans les retours d'expérience du secteur : l'intrusion commence très souvent par un message électronique crédible. Et rien ne rend un message plus crédible qu'un nom d'expéditeur usurpé.

La question « où en sont les hôpitaux français avec DMARC » n'a donc rien d'une curiosité d'ingénieur : c'est un indicateur de la solidité du canal par lequel transitent convocations, résultats, échanges avec les fournisseurs et communications de crise de centaines d'établissements. Or cette question appelle une mesure, pas une impression. La réponse est publiquement vérifiable : une politique DMARC se lit dans le DNS, à la vue de tous, domaine par domaine, mois après mois.

C'est le travail du volet santé du baromètre sectoriel de dmarc.com. Cet article n'en recopie pas les chiffres du mois — figés dans un billet, ils seraient périmés dès le trimestre suivant. Il donne la grille de lecture : pourquoi le secteur est si exposé, comment son paysage se structure, ce qui est mesuré et comment, les schémas récurrents que le corpus fait apparaître, ce que le cadre réglementaire change — puis renvoie à l'édition mensuelle pour la mesure à jour.

Pourquoi la santé est une cible à part

Trois caractéristiques font du secteur de la santé un terrain d'attaque singulier, et aucune ne relève de la fatalité.

La première est la valeur des données. Un dossier patient agrège identité, numéro de sécurité sociale, antécédents médicaux, coordonnées et situation familiale — un ensemble revendable, réutilisable pour des fraudes ciblées, et impossible à révoquer : un numéro de carte bancaire s'annule en un appel, un antécédent médical ne s'annule jamais. Les fuites qui ont suivi certaines attaques d'établissements français ont montré publiquement ce que devient ce type de données une fois exfiltré : un levier de chantage d'abord, une matière première pour d'autres arnaques ensuite.

La deuxième est la continuité des soins. Un hôpital attaqué ne ferme pas : il déprogramme des interventions, repasse au dossier papier, réoriente des urgences vers les établissements voisins. Le mode dégradé d'un système d'information hospitalier se compte en semaines, et son coût réel se mesure en soins retardés. Cette dépendance vitale au fonctionnement continu est précisément ce qui rend le secteur attractif pour l'extorsion : nulle part la pression pour payer n'est plus forte.

La troisième est la surface humaine. Des équipes sous tension permanente, des gardes de nuit, un fort renouvellement des effectifs, des internes et des intérimaires qui découvrent l'organisation chaque semestre : un courriel « urgent » aux couleurs de la direction, du groupement ou d'un fournisseur connu y trouve des conditions idéales. Or la première ligne de défense contre ce courriel-là n'est pas la vigilance individuelle — elle finit toujours par céder à trois heures du matin — mais l'authentification du domaine émetteur : un message usurpant l'adresse exacte de l'établissement peut être rejeté avant même d'atteindre une boîte.

CHU, GHT, cliniques, laboratoires, EHPAD : un paysage éclaté

Parler « des hôpitaux » au singulier masque une hétérogénéité que peu de secteurs atteignent. Le corpus santé mélange des réalités qui n'ont guère en commun que la sensibilité de leurs données.

Les CHU et les grands centres hospitaliers disposent d'une direction du numérique étoffée, d'un responsable sécurité identifié, parfois d'un centre opérationnel de sécurité mutualisé. Les centres hospitaliers moyens et petits vivent une autre réalité : depuis 2016, ils sont regroupés en groupements hospitaliers de territoire — environ cent trente-cinq GHT —, avec une DSI mutualisée qui porte le système d'information de plusieurs établissements à la fois. La mutualisation aide : une remédiation DMARC menée au niveau du groupement profite à tous ses membres d'un coup. Elle allonge aussi les files d'attente : la même équipe arbitre entre le dossier patient informatisé, la téléphonie, les astreintes et l'hygiène du DNS.

Les cliniques privées se partagent entre grands groupes nationaux — DSI centralisée, parc de domaines administré — et établissements indépendants où l'informatique repose parfois sur un unique prestataire local. Les laboratoires de biologie médicale, consolidés en réseaux régionaux et nationaux, émettent un volume considérable de messages de résultats et de rappels. Les EHPAD ferment la marche : informatique minimale, aucune compétence sécurité dédiée, et pourtant des échanges quotidiens avec les familles, les pharmacies et les organismes payeurs.

Une particularité française complique encore la lecture : la messagerie sécurisée de santé (MSSanté) couvre les échanges entre professionnels, mais tout le reste — convocations aux patients, notifications de portails, ressources humaines, commandes fournisseurs, communication institutionnelle — transite par les domaines ordinaires des établissements. Ce sont ces domaines-là, ceux que le grand public connaît, que DMARC protège ou laisse nus.

Ce que le baromètre relève, et comment

Le volet santé du baromètre de l'Observatoire DMARC suit un corpus de domaines d'établissements de santé français — CHU et centres hospitaliers, groupes de cliniques, réseaux de laboratoires — et les relève au DNS public. La méthode n'a rien d'intrusif : elle lit ce que n'importe quel résolveur voit. L'enregistrement TXT posé sur _dmarc.exemple.fr, la politique p= qu'il déclare, le sort des sous-domaines, l'enregistrement SPF et sa rigueur, les indices publics de DKIM et de BIMI.

Chaque domaine est classé selon sa politique effective : reject (l'usurpation est rejetée), quarantine (elle part en spam), none (surveillance sans blocage), enregistrement absent, ou invalide — une seule faute de syntaxe suffit à priver une politique de tout effet. Le relevé est refait chaque mois, ce qui produit deux choses qu'une photo isolée ne donne jamais : un classement à date et une trajectoire — qui progresse, qui stagne, qui régresse.

La hiérarchie utile se lit ainsi : absent < invalide < none < quarantine < reject. Un enregistrement en p=none :

v=DMARC1; p=none; rua=mailto:dmarc@exemple.fr

ne bloque strictement rien — c'est un mode d'écoute, indispensable pour démarrer, sans aucune valeur défensive. Un domaine hospitalier en p=none reste usurpable exactement comme s'il n'avait pas de DMARC ; la seule différence est que les tentatives apparaissent dans ses rapports.

Un principe ferme découle du rythme mensuel : cet article ne cite aucun pourcentage. Un chiffre imprimé ici serait faux six mois plus tard et continuerait pourtant d'être lu. La répartition par statut, le classement par établissement et l'évolution mensuelle vivent dans l'édition mensuelle, remise à jour à chaque relevé — c'est elle qui fait foi.

Les schémas structurels du corpus santé

Sans recopier les chiffres du mois, quatre schémas structurels reviennent dans ce corpus — et ils désignent les chantiers réels.

Les grands CHU en avance relative. Les établissements les plus visibles sont généralement les mieux tenus : une équipe sécurité identifiée, des audits réguliers, une exposition médiatique qui interdit la négligence. « Relative » reste le mot juste : l'avance se manifeste souvent par la présence d'un enregistrement et d'une surveillance, pas encore par une politique durcie sur tout le périmètre.

La longue traîne. Derrière la tête de peloton, la distribution s'étire : centres hospitaliers moyens à mi-chemin, petites structures sans enregistrement du tout, EHPAD absents du sujet. La moyenne d'un tel corpus ne dit presque rien ; la forme de la distribution dit tout, et c'est elle que l'édition mensuelle rend visible.

Des domaines multiples par établissement. Un même hôpital cumule souvent un domaine historique, le domaine du groupement, des domaines par site ou par activité — recrutement, fondation, événementiel. L'attaquant choisit la porte la moins gardée : une politique stricte sur le domaine principal protège mal un établissement dont le domaine de recrutement, celui qui écrit spontanément à des candidats, reste en none. Les domaines dormants — anciennes identités, fusions passées — se verrouillent pourtant en deux enregistrements : un SPF v=spf1 -all et un DMARC p=reject. C'est le chantier le moins coûteux de tout le secteur.

Des enregistrements invalides. Le DNS hospitalier a souvent traversé plusieurs prestataires et plusieurs fusions ; il en garde des cicatrices — enregistrements dupliqués, syntaxe fautive, adresse de rapport orpheline. Une politique invalide équivaut à une absence, et seul un relevé régulier la détecte.

Le standard courant, DMARCbis (RFC 9989 à 9991), affine la lecture de ces relevés : la balise pct a disparu au profit du mode test t=y, la découverte de politique suit le DNS Tree Walk, et la balise np= couvre les sous-domaines inexistants — cible favorite des usurpations « techniques ». L'en-tête v=DMARC1 reste rétro-compatible. Une politique aboutie pour un domaine hospitalier ressemble à :

v=DMARC1; p=reject; rua=mailto:dmarc@exemple.fr; sp=reject; np=reject

HDS, CaRE, NIS2 : un cadre qui pousse dans le même sens

Le secteur n'avance pas seul : trois cadres poussent, chacun à sa manière, vers le courrier authentifié.

La certification HDS encadre l'hébergement des données de santé : un établissement ou son prestataire doit confier ces données à un hébergeur certifié. C'est un socle nécessaire, mais il ne dit rien du canal e-mail : un hôpital peut être irréprochable sur l'hébergement de son dossier patient et laisser son domaine librement usurpable. Les deux sujets sont disjoints, et le second est longtemps resté dans l'angle mort.

Le programme CaRE, lancé fin 2023 pour accélérer la cybersécurité des établissements de santé, a changé la donne : financements fléchés, audits de la surface exposée sur Internet, exercices de crise. La sécurisation des domaines — DNS, authentification du courrier — entre naturellement dans ce mouvement, parce qu'elle coche les deux cases du programme : peu coûteuse, à effet immédiat.

NIS2, enfin, fait entrer une partie des acteurs de santé dans le périmètre des entités essentielles : gestion des risques documentée, mesures de protection proportionnées, notification des incidents. La directive ne cite pas DMARC nommément — comme la plupart des textes, elle impose un résultat, pas un moyen. Mais un domaine laissé en p=none malgré des rapports montrant l'abus devient une position difficile à défendre devant un auditeur ou une autorité.

S'y ajoute une pression sans texte de loi : depuis 2024, Gmail et Yahoo exigent une authentification des expéditeurs en volume, et Microsoft a suivi en 2025. Des rappels de rendez-vous qui n'arrivent plus, ce sont des consultations manquées — la délivrabilité est ici un sujet de santé publique avant d'être un sujet marketing.

Remédier avec les moyens d'une DSI hospitalière

La remédiation DMARC d'un établissement de santé ne peut pas être pensée comme celle d'une banque : pas d'équipe dédiée, des astreintes déjà saturées, un système d'information où le dossier patient passera toujours devant le DNS. La démarche doit en tenir compte — et c'est possible, parce que DMARC se prête bien à l'effort discontinu.

La première étape ne comporte aucun risque : publier p=none avec une adresse de rapport et laisser les données s'accumuler. Aucun message n'est bloqué, l'inventaire se construit tout seul — la messagerie de l'établissement (souvent Microsoft 365 ou un hébergement mutualisé), la plateforme de prise de rendez-vous, les outils de paie et de ressources humaines, les lettres d'information institutionnelles, les serveurs de résultats. Chaque source identifiée est ensuite alignée — SPF, DKIM — au fil de l'eau, entre deux urgences.

Le deuxième geste est le verrouillage des domaines qui n'émettent rien : quelques minutes par domaine, un gain définitif. Le troisième est le durcissement par paliers du domaine principal — quarantine puis reject, en s'appuyant sur le mode test t=y de DMARCbis pour jalonner la montée. À chaque palier, les rapports disent si un flux légitime serait touché avant qu'il le soit réellement.

Le facteur limitant n'est presque jamais la technique, c'est le temps d'analyse : des rapports XML bruts, personne n'en lira à l'hôpital. L'exploitation outillée — agrégation, identification des sources, alertes — ramène le sujet à quelques décisions par mois, un format compatible avec une DSI mutualisée. Le tour complet du sujet pour le secteur, prestataires et logiciels métier compris, est balisé dans le guide consacré au courrier des établissements de santé.

L'usurpation d'un domaine de santé est un risque patient

Il reste à nommer ce qui distingue vraiment ce corpus de tous les autres : la nature du risque. L'usurpation d'un domaine bancaire vole de l'argent ; le baromètre des banques françaises montre un secteur qui l'a compris de longue date, poussé par la fraude et par son régulateur. L'usurpation d'un domaine de santé, elle, atteint des personnes au moment où elles sont vulnérables.

Un faux message de résultats qui redirige vers un portail contrefait récolte des identités complètes. Une fausse annulation de consultation retarde un soin. Une fausse facture de séjour détourne le paiement d'une famille. Un faux message de la direction à un soignant ouvre la porte du système d'information — et l'on retombe sur le scénario du rançongiciel, celui qui déprogramme des blocs opératoires. Dans chacun de ces scénarios, le domaine usurpé est l'instrument, et la victime finale n'est pas l'établissement : c'est le patient.

C'est pourquoi la protection du domaine relève de la sécurité des soins au même titre que l'hygiène des mains — une mesure de prévention peu coûteuse dont l'absence ne se voit qu'au moment de l'incident. Les mécanismes par lesquels un domaine non protégé se fait exploiter, et les contre-mesures dans l'ordre utile, sont détaillés dans empêcher le phishing au nom d'un domaine.

En résumé

La santé française cumule tout ce qui attire l'usurpation : des données irrévocables, une dépendance vitale à la continuité de service, une surface humaine sous tension — et un paysage d'une hétérogénéité extrême, du CHU audité à l'EHPAD sans informaticien. La posture DMARC de ce paysage se mesure au DNS public, domaine par domaine ; la lecture utile n'est pas « avoir un enregistrement » mais « appliquer une politique », et p=none n'a jamais bloqué une seule usurpation. Les schémas structurels — CHU en avance relative, longue traîne, domaines multiples et dormants, enregistrements invalides — désignent des chantiers dont le premier ne coûte presque rien. HDS, CaRE et NIS2 poussent dans la même direction, chacun par son levier. Les chiffres du mois, eux, vivent dans l'édition mensuelle de l'Observatoire, remise à jour relevé après relevé.

Le prolongement tient en deux gestes. Un passage du domaine d'un établissement dans l'analyseur en ligne situe en quelques secondes sa position sur la même échelle que le baromètre — présence, validité, politique effective, sous-domaines. Et créer un compte ouvre le suivi continu, rapports agrégés à l'appui, pour mener la politique vers p=reject au rythme qu'une DSI hospitalière peut réellement tenir.

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À propos de l'auteur

ThomasThomas est le RSSI virtuel de DMARC.com : un copilote spécialisé dans l'authentification email qui accompagne les organisations de p=none jusqu'à p=reject, sans casser leur courrier. Ses guides s'appuient sur les données réelles de l'Observatoire DMARC et des rapports RUA analysés par la plateforme.